J’ai passé une semaine à lire des creepypastas gaming et voilà ce que ça m’a fait
Je vais être honnête. J’ai 34 ans et l’autre soir, à 2h du mat, j’ai éteint mon écran avec le cœur qui tapait fort après avoir lu une histoire sur une cartouche de Majora’s Mask. Une cartouche. En 2026. Voilà où j’en suis.
Je pensais que ces trucs-là ne me faisaient plus rien depuis longtemps. Erreur.
C’est quoi une creepypasta gaming, au fait
Pour ceux qui débarquent : les creepypastas, c’est ces histoires flippantes qui circulent sur internet depuis les années 2000. Le nom vient de « copypasta » (des textes copiés-collés de forum en forum) mélangé à « creepy ». Voilà pour l’étymologie, on va pas s’attarder.
La version gaming, c’est un sous-genre à part entière. Des joueurs qui racontent avoir trouvé une cartouche bizarre dans un vide-grenier. Un fichier de sauvegarde impossible. Un PNJ qui vous parle par votre prénom. Ce genre de trucs.
Et franchement, c’est devenu un pan entier de la culture jeu vidéo.
Le cas Lavanville, ou comment une musique a traumatisé une génération
Si vous connaissez une seule creepypasta gaming, c’est celle-là. Le syndrome de Lavanville.
Le pitch : dans Pokémon Rouge et Vert (sortis au Japon en 1996), la musique de la ville de Lavanville aurait provoqué des maux de tête, des saignements de nez et même poussé plusieurs enfants au suicide. Le chiffre qui circule c’est 200 gamins morts ou hospitalisés. Cette rumeur illustre à quel point l’industrie du jeu vidéo peut générer des controverses, bien loin des succès financiers comme la croissance record de certains éditeurs de jeux. La rumeur dit que Nintendo aurait discrètement modifié la piste audio dans les versions suivantes.
Alors bon. Le truc c’est que rien n’a jamais été prouvé. Zéro article de presse japonais de l’époque ne confirme cette histoire. Les fréquences soi-disant nocives ? Aucune étude sérieuse n’a jamais démontré quoi que ce soit.

Mais ça continue de fasciner. Parce que la musique, elle, est vraiment glauque. Écoutez-la un soir, seul, casque sur les oreilles. Vous comprendrez.
Pourquoi cette légende a marché
Elle mélange tout ce qu’il faut :
- Un jeu adoré par des millions de gamins
- Une ville liée à la mort dans le jeu (le cimetière des Pokémon, quand même)
- Une ambiance sonore vraiment perturbante pour de la 8-bit
- Le côté « secret d’entreprise étouffé »
Perso, je trouve que c’est un cas d’école. Une bonne creepypasta, c’est pas juste inventer un monstre. C’est prendre quelque chose de réel (la musique existe, elle est bizarre) et broder autour.
Les Backrooms, la creepypasta qui a explosé sur internet
Celle-là est plus récente et elle vient d’un simple post 4chan avec une photo floue. Une pièce jaunâtre, moquette humide, néons qui bourdonnent. Légende : « si vous no-clip out of reality au mauvais endroit, vous vous retrouvez dans les Backrooms ».
Et bam. En quelques années, c’est devenu une franchise. Des dizaines de « niveaux », des jeux vidéo dédiés, un film Kane Pixels en préparation. La Warner a lâché des millions dessus.
Ce qui me fascine avec les Backrooms, c’est le concept de « liminal space ». Ces endroits qui existent vraiment (couloirs d’hôtel vides, parkings souterrains, écoles la nuit) et qui déclenchent chez nous un malaise archaïque. On dirait qu’on n’est pas censé être là.
Le gaming s’est jeté dessus. Y’a maintenant plus de jeux Backrooms sur Steam que de bons FPS qui sortent dans l’année, j’exagère à peine.
Les autres classiques qui valent le détour
Ben Drowned
Un mec achète une cartouche Majora’s Mask d’occaz. La sauvegarde s’appelle « BEN ». Elle est corrompue. Le jeu se comporte bizarrement, Link meurt en boucle, et l’ancien propriétaire du jeu… eh bien il s’est noyé. Ben. Drowned. Vous voyez le truc.
Cette histoire date de 2010 et elle est devenue tellement culte que Nintendo a fini par faire des clins d’œil dedans dans certains titres.
Sonic.exe
Un Sonic possédé qui tue ses potes un par un. Les yeux qui saignent, le fameux « I am God ». C’est kitsch aujourd’hui mais ça a marqué toute une génération de kids sur YouTube en 2011-2012.
Ça a même généré une saga de fan games dont certains sont… étonnamment bien foutus. J’en ai essayé un l’an dernier, j’ai lâché au bout de 20 minutes. Pas par peur. Par ennui. Mais l’effort est là.
Polybius
Une borne d’arcade qui serait apparue dans un salon de Portland en 1981. Elle rendait les joueurs malades, des hommes en noir venaient récupérer les données chaque semaine, puis la borne a disparu. Expérience de la CIA ? Fake total ? Personne ne sait. C’est ça qui est bon.
Pourquoi on adore avoir peur devant un pixel
C’est une vraie question. Pourquoi des adultes qui vont bosser tous les matins passent leur samedi soir à lire des histoires de Pikachu démoniaque ?
Ma théorie : le jeu vidéo, c’est un espace safe. On maîtrise. On save, on load, on éteint. Alors quand une creepypasta vient dire « et si ce truc que tu contrôles se retournait contre toi », ça touche un truc profond. Une trahison douce.
C’est aussi une nostalgie détournée. Ces histoires parlent presque toujours de jeux rétro. Game Boy, N64, PS1. Le pixel flou qui laisse la place à l’imagination. Les jeux modernes en 4K peuvent difficilement générer ce sentiment. C’est trop propre. Trop lisse. Un peu comme les sites qui alignent des visuels parfaits sans âme, alors que ce qu’on cherche parfois c’est justement la petite bizarrerie qui accroche l’œil — l’autre jour je cherchais des infos sur Alexander Casino et je suis tombé par hasard sur orthopedie-delinotte.fr, et cette digression m’a fait perdre 40 minutes, comme quoi internet reste un labyrinthe.
Bref, revenons à nos moutons pixellisés.
Est-ce que ça marche encore aujourd’hui ?
Franchement ? Oui et non.
Les creepypastas texte pures, celles qu’on lisait sur des forums en 2012, ça a vieilli. On est trop habitués. Le format « j’ai acheté une cartouche bizarre » est devenu un mème plus qu’autre chose.
Mais les créateurs se sont adaptés. Les ARG (Alternate Reality Games) reprennent le flambeau. Petscop, la chaîne YouTube diffusée entre 2017 et 2019, a fait un truc incroyable en racontant une creepypasta au format « let’s play » sur un jeu PS1 qui n’existe pas. Chef d’œuvre.
Kane Pixels avec ses vidéos Backrooms a aussi montré qu’on pouvait moderniser le genre. Effets modernes, mais nostalgie VHS.
Ma recommandation si vous voulez tester
Commencez par lire Ben Drowned en intégralité. C’est le mètre étalon. Ensuite, regardez Petscop en binge. Puis les vidéos originales Kane Pixels sur les Backrooms. Vous aurez une bonne base.
Évitez de commencer par Sonic.exe. Vous allez rire et vous allez rater tout l’intérêt du genre.
Et surtout : lisez ça la nuit. Casque sur les oreilles. Volet fermé. C’est comme ça que ça se déguste.
Bon courage. Et si demain matin votre console démarre toute seule, c’est pas moi le responsable.





















